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Rocky III et la dialectique hégélienne

Injustement critiquée pour la faiblesse de ses scénarios, la série des Rocky souffre en réalité de la répétition méthodique d'un schéma précis, largement inspiré du processus dialectique décrit par Hegel

Ce schéma, à l'oeuvre dans toute réalité, se décompose en 3 moments: un moment positif (ou affirmatif) un moment négatif qui vient se substituer à l'unité affirmative originelle, et enfin le dépassement de l'opposition affirmation / négation (la synthèse) désigné par le concept hégélien d'Aufhebung( http://fr.wikipedia.org/wiki/Hegel#La_dialectique )


Pour Hegel, le schéma est la nature même de tout développement, c'est à dire de toute histoire. Il s'apllique donc aussi naturellement à la saga des Rocky.

En effet, à chaque volet de la saga, Rocky rencontre un adversaire qui est son exact opposé. Toute la dramatique des film repose sur le contraste entre ces deux adversaires.Nous avons donc les oppositions suivantes:

Rocky I et II

Rocky Balboa ( Pauvre, blanc, anonyme, en plein doute, bourrin ) VS Appolo Creed ( Riche, noir, célèbre, en pleine confiance, technique )

Rocky III

Rocky Balboa ( Père de famille, blanc, riche, amolli, chouchou des médias ) VS Clubber Lang ( Solitaire, noir, pauvre, dur, hué )

Rocky IV

Rocky Balboa (Petit, brun, américain, concerné par les autres, fair play ) VS Ivan Drago ( Grand, blond, russe, indifférent aux autres, prêt à tout pour gagner )

Rocky VI

Rocky Balboa (Blanc, vieux, mélancolique, seul) VS Mason Dixon (Noir, jeune, ambitieux, entouré)

A chaque nouveau film, les caractéristiques de Rocky ne sont plus tout à fait les mêmes, car Rocky a progressé: Rocky a du se battre contre chacun de ses opposés en surmontant la dichotomie qui le séparait de la victoire au début. Chaque volet se termine donc sur la naissance d'un nouveau Rocky, qui doit à nouveau se dépasser dans l'épisode suivant. C'est seulement dans le dernier volet, Rocky Balboa, que Rocky ne surmonte pas ce qu'il était: la série s'achève donc logiquement sur une défaite. C'est plus qu'un effet de scénario. La portée métaphysique des films repose sur ce mouvement cyclique. Le film où ce mouvement apparait le plus clairement, c'est Rocky III, qui constitue ainsi l'apogée de la saga.

1) Le moment positif: Rocky est un champion

Après sa victoire contre Appolo, Rocky est devenu le champion du monde.Rocky est aussi désormais un bon père de famille, quelque peu embourgeoisé. Il lit des histoires à son fils le soir et participe à des oeuvres de charité.Ce que Mickey résume par la formule suivante: "The worst thing happened to you, that could happen to any fighter: you got civilised."

NB L'opposition entre l'homme civilisé ("Human" pour Adrian, "Civilised" pour Mickey) et l'animal ( "Eye of the tiger" ) ressurgit à plusieurs moments dans le film, et un moyen de marquer les apparitions de la négativité.

En parallèle, on découvre un boxeur exactement à l'opposé de Rocky, qui s'entraîne dans l'ombre: Clubber Lang. "I live alone. I train alone. I'll win the title alone. I want him" Clubber est présenté comme le double malfaisant de Rocky, comme le montre leur face à face sur l'affiche du film. Or rencontrer son double est un présage de mort (cf l'article sur Infernal Affairs)

2) Le moment négatif: la défaite

Hegel montre dans la Phénomènologie de l'esprit que le moment négatif se divise en deux : opposition extérieure et division intérieure

2a) L'opposition extérieure

Rocky reçoit une véritable correction de la part de Clubber, qui lui est supérieur en tout. Rocky est mis K.O., il est grièvement blessé. Il perd son titre, son manager et toute l'estime du public.

2b) La division intérieure

Après la défaite, Rocky ne s'accepte plus. De rage, il lance son casque à la figure de la statue érigée en son honneur: en s'attaquant à sa propre représentation, il figure ainsi le rejet de lui-même qu'il éprouve. "I don't believe in myself no more" hurle t'il à Adrian sur la palge

Ce rejet de lui-même conduit Rocky, par le biais de la proposition d'Appolo Creed, a devenir un boxeur différent.  Cela ne se passe pas sans mal, car outre la résistance au changement (illustrée à plusieurs reprises par les réflexions de Paulie: ""Nobody can change that much. He's a bruiser. He ain't no boxer") Rocky reste partagé entre son envie de changer de style et ses souvenirs du passé (méthodes d'entrainement de Mickey, flashbacks)

Adrian le force à faire un choix: Rocky cesse alors d'être divisé entre son passé et son avenir, et décide pleinement d'accepter le changement, et donc l'affrontement à venir. Rocky se transforme et devient l'opposé de ce qu'il était: rapide, souple, technique.

3) L'Aufhebung / dépassement : la revanche de Rocky

Clubber Lang, le public et les commentateurs croient que Rocky est revenu comme avant, avec le même style. En réalité, Rocky est devenu le contraire de ce qu'il était: il est devenu Appolo Creed, dont il porte d'ailleurs les couleurs (short et chaussures) Le commentateur s'exclame alors: "That's not the Rocky we expected" et s'étonne de la ressemblance frappante entre son style et celui de Creed

Seulement Rocky, pour gagner, ne peut pas s'arrêter là: boxer seulement comme Creed, comme il le fait au premier round, ne peut pas suffire à terrasser Clubber Lang. Rocky doit en défénitive dépasser l'opposition entre son premier style (bourrin et endurant) et son nouveau style (basé sur l'esquive et la technique) en un troisème style: c'est au 3ème round qu'éclate le plus nettement le fond hégélien de Rocky III

A ce moment là, malgré les inquiètudes d'Appolo dans son coin, Rocky affiche une confiance étonnante dans sa nouvelle manière de boxer :" It's a strategy, I know what I'm doing" dit il à Appolo. Rocky livre alors un round étrange, où il mélange et dépasse la boxe technique virevoltante du 1er round et la résistance physique du 2ème round.  Rocky provoque son adversaire, le fatigue, encaisse et esquive tour à tour, mélange contres rapides et coups lourds, jusqu'à mettre Clubber Lang hors de combat. Le nouveau style a réussi là les autres avaient échoué.

4) Le nouveau Rocky

A ce moment-là, Rocky n'est plus ni le Rocky qu'il était au début, ni le clone d'Appolo qu'il était devenu: c'est un nouveau Rocky, combiné des 2 précédents, qui lève les bras en signes de victoire.

Mais le processus dialectique ne connait pas de fin, et le nouveau Rocky devra encore connaitre un nouvelle fois l'épreuve du négatif dans un Rocky IV pour passer encore à un stade supérieur.

 
Cure, la saignée psychique

Comme souvent, le film est avant tout basé sur la confrontation des deux personnages principaux, le consciencieux Takabe et le ténébreux Mamiya

 

« Inspecteur » Takabe

 « Inspecteur » vient du verbe latin « spectare », regarder, et du préfixe « in », à l’intérieur : un inspecteur est donc celui qui « regarde à l’intérieur », c'est-à-dire celui qui voit les choses telles qu’elles sont, et non seulement telles qu’elles apparaissent.

 Cette volonté de comprendre ce qui se passe derrière les apparences est le caractère opposant principalement les deux enquêteurs, l’inspecteur Takabe et le docteur en psychologie Sakuma, ce dernier affirmant qu’il existe de l’inexplicable dans le comportement des tueurs : en témoigne le dialogue suivant :

Sakuma « N’essaie pas de percer le secret des cœurs »

Takabe « Je n’en ai pas l’intention : seulement je cherche les mots pour expliquer. C’est mon boulot à moi »

 « Quand tu regardes dans l’abîme, n’oublie pas que l’abîme aussi regarde en toi »

          Mamiya aussi sait regarder à l’intérieur, mais il ne regarde pas à l’intérieur des tueurs comme l’inspecteur,  mais des gens ordinaires, de leur esprits…Le prix de ce pouvoir de lire dans les esprits aussi clairement que dans un livre, c’est l’identité de Mamiya : depuis l’acquisition de ce pouvoir il n’a plus de nom, il erre de ville en ville sans réelle direction ; il décrit lui-même ce changement :

«  Ce que j’avais autrefois à l’intérieur de moi, c’est maintenant au dehors ; donc tout ce que vous avez à l’intérieur de vous je peux le voir. En échange je suis moi-même… plein de vide »

  Mamiya est vide, il fait résonner les mots et les questions jusqu’à leur faire perdre leurs sens (cf. la séquence sur la plage) Quand Takabe tente de donner une conscience de soi donc une identité à Mamiya en lui tendant sa propre photo, Mamiya insiste sur le fait qu’il ne connaît pas la personne sur la photo même s’il lui ressemble : l’identité n’est pas stricte. Takabe ne peut pas aller plus loin que l’identité physique qu’il parvient à établir grâce aux empreintes digitales, il ne peut arriver à « ce qu’il y a dans la tête » C’est une marque physique (la brûlure) qui permettra à Takabe de remonter son histoire personnelle.

  « Cure» les deux voies de la guérison

Mamiya veut soulager le mal latent en faisant sauter le blocage qui les empêchent d’assouvir leur pulsion la plus violente et la plus répréhensible : le meurtre

 La croix tracée comme une saignée est le secret pour contourner le blocage psychologique, libérer les énergies du Ca, et ainsi soulager l’âme du mal qu’elle ressent : le meurtre devient un acte banal.

 Takabe est l’exemple de la lucidité : il ne pas son salut dans l’assouvissement des pulsions qui le travaillent mais dans l’acceptation de la fatalité : il essaie de surmonter le mal qu’il rencontre, en terme psychologique il serait du coté de la Sublimation

Mamiya manifeste son opposition à la police : « je n’aime pas la police » confie t’il à l’instituteur.  Il n’aime pas les forces restrictives qui empêchent l’expression des forces violentes. Il veut la libération des énergies négatives retenues en chacun

 Ouvrir les vannes

  L’objectif de Mamiya le solitaire est de libérer les esprits qu’ils rencontrent de toute attache, comme lui-même s’est déjà libéré. Le passage avec la doctoresse est le passage crucial sur ce point «  Ce que j’avais autrefois à l’intérieur de moi, c’est maintenant au dehors » affirme t’il. C’est par l’image de l’eau que Mamiya explicite cette libération :

Mamiya à la doctoresse « Cette eau va vous apaiser et vous aller renaître… comme moi » L’eau est à la fois symbole de l’écoulement torrentielle et de maternité, donc de renaissance.

  Voici la méthode de Mamiya pour faire renaître : la force de pression qui provoquera l’écoulement chez les victimes, c’est la haine latente, la frustration que chacun doit garder pour soi, sous un masque, comme le vieux dans la laverie. « Si on hait quelqu’un du fond de son cœur, voila ce qui arrive » constate le policier. La victime doit se rendre compte de cette haine, et l’accepter : pour cela, Mamiya utilise ce que Sakuma appelle « la cérémonie » l’hypnose, c’est-à-dire un « envoûtement de l’âme »,  pour faire ressurgir les souvenirs enfouis. « Souvenez de ce que vous avez ressenti… profondément » demande t’il à la doctoresse en lui rappelant les humiliations passées. La victime est alors naturellement poussée au crime, cela devient un geste aussi simple que sortir les poubelles.

 

Patient

   Takabe est dans la situation typique des victimes, sa souffrance se voit même physiquement « A mon avis vous avez l’air plus malade que votre femme » lui fait remarquer le médecin à l’hôpital ; il ressent beaucoup de frustration vis-à-vis de sa femme. « Dire que je vais devoir passer ma vie à m’occuper d’elle » Sa femme a sûrement vécu un traumatisme, en partie de la faute d’un criminel, et pour lequel Takabe se sent responsable. Mais l’hypnose ne fonctionne pas sur Takabe, car il est trop lucide. « Ma femme est un fardeau, pas besoin de toi pour le savoir » Au-delà de sa lucidité, il est déjà parvenu à l’acceptation « Je lui pardonne tout, mais à vous tous, rien » La méthode de guérison de Mamiya est superflue, Takabe est déjà parvenu à se soigner seul : Mamiya est visiblement impressionné « Vous êtes incroyable » dit-il d’un ton admiratif.

 De Profundis

  Les deux personnages rentrent en opposition ; d’une part, celui qui prône l’expression des pulsions violentes, serait-ce inconsciemment ; d’autre part, celui qui demande de rester lucide et de prendre sur soi. Si la confrontation finale est inexorable, la fin du film est plus énigmatique. « Celui veut rencontrer son vrai moi vient nécessairement ici. C’est son destin. » Puis Takabe tue Mamiya. Le silence de Takabe rend la séquence finale ambivalente, parce qu’on ne sait pas quel est vraiment le « vrai moi » de Takabe : Son vrai soi est-il l’élimination des velléités violentes et libératrices de Mamiya, leur condamnation sans rémission ? Ou le vrai soi qu’il a rencontré était-il Mamiya et sa propension à se laisser aller à la violence, comme le suggère le fait que la serveuse se saisisse d’un couteau, prête à poignarder quelqu’un ? A chacun d’en juger, selon s’il porte un jugement optimiste ou pessimiste sur le personnage de Takabe.

 
Infernal Affairs, des voyages de l'âme

TFM Distribution

Le film est, comme le laisse supposer l'affiche, entièrement construit sur le parallèlisme des deux personnages principaux; ce parallèlisme ne tient pourtant pas tant de l'immobilité des reflets du miroir (cf l'affiche) que d'un mouvement similaire mais inversé de montées et de descentes de la part des protagonistes, d'oèu une opposition entre le ciel et la terre tout au long du film.

Ange et démon

Yan est un ange. Dans son caractère est inscrit le bien, son aura dispense le bien si clairement que toutes les personnes qu'ils croisent, de son ex-petite amie à son compère dans la triade, sont convaincus qu'il est un homme droit et bon, même si les apparences sont contre lui.

Car Yan est un ange descendu sur la terre, envoyé (littéralement) par les puissances du ciel, à savoir celles de la justice (à signaler que la mort du commissaire Wong est une chute). Quelles sont les caractèristiques de Yan? Outre le fait qu'il est aimé de tous les humains, il aime la lumière, les lieux ensoleillés (cf après l'accident lorsqu'il part en direction du soleil couchant); la lumière représente le Bien (cf la République de Platon), et Yan se dirige toujours naturellement vers le bien, quelle que soit sa situation. Yan aimme la vérité (il avoue trois fois qu'il est policier sans que cela change quoi que ce soit ( à Wong, à la psy et à Ming)  et par corollaire, il dispose d'un excellente mémoire, qui constitue aussi la marque des âmes élevées (cf la théorie platonicienne de la réminescence, les âmes en redescendant oublient les idées (le Bien) qu'elles cotoyaient dans les cieux)

Ming est un démon. Conscient de son infériorité, il désire donc accèder à l'humanité. Cette volonté s'exprime d'abord par le déguisement: comme le fait remarquer sa copine Mary par le biais de son personnage de roman, la souffrance finit toujours pas poindre à traversles multiples visages qu'il se donne (le changement de forme est une caractéristique des démons dans la plupart des mythologies orientales)

Ming désire donc remonter vers des stades d'existence supérieure. Pour cela il décide de rompre avec son mentor et donc de tendre à piège à Sam et à le tuer. Le piège aura bien entendu lieu sous terre, le domaine de prédilection des démons: le piège se passe dans un parking. Si on prête attention aux étages sous-terrains, on remarque que Ming tue Sam au troisième sous-sol. Cela correspondrait-il au troisième monde des réincarnations? Selon la cosmologie bouddhiste il existe dix mondes de réincarnations. Les plus bas sont respectivement l' enfer (lieu de souffrance, confère la sentence finale du film) le monde des esprits affamés (Ming a faim de changement, d'amélioration) et troisièmement le monde de l'animalité, celui où règne la loi de la jungle et ou les prédateurs s'affrontent sans cesse. Ming, qui n'est pourtant pas un tueur au début, aurait-il accepté la nécessité de la cruauté animale dans sa remontée à travers les différents mondes? Sans aucun doute.

 (plus de détail ici http://www.nichiren-etudes.net/dico/d.htm#dixmondes )

La rencontre

Yan cause la mort d'un bon mafieux (un ange) , Ming tue un méchant mafieux (un démon), les deux personnages se mettent de plus en plus à ressembler. Pourtant ils sont comme les deux faces d'une seule personnalité humaine, à la fois bonne et mauvaise, et donc le spectateur a le pressentiment que leur rencontre ne peut être qu'annonciatrice de mort; c'est un classique en littérature, pour un personnage rencontrer son double est un avertissement de la mort prochaine.

Ming monte voir Yan au paradis, sur le toit du building. Dans ce milieu de lumière, il est désavantagé, Yan prend donc le dessus. Il se montre impitoyable face à la volonté de rédemption de Ming, dérogeant ainsi à son statut d'ange charitable; Yan affirme vouloir ramener Ming chez les hommes pour pouvoir récupérer sa place, à savoir son statut d'être humain (perdu avec l'effacement de son identité) Mais la redescente est trop dangereuse, et à cause de l'ascenseur (symbole de la descente aux Enfers, cf le film "Angel Heart") Yan est éliminé par un autre démon déguisé, que Ming supprime rapidement lors de sa redescente sur la terre (chaque démon est devenu son ennemi, même si le démon se présente comme son mignon). Il coupe ainsi son dernier lien avec l'enfer. En sortant de l'ascenseur,du couple infernal/céleste il n'en reste plus qu'un: Ming peut alors librement revendiquer son identité de policier que lui disputait Yan: il brandit donc son badge de police, symbole de son identité et de son unicité.

Fin du film, Yan reçoit les hommages au paradis, parmi les siens. Par delà sa mort son statut d'ange est enfin reconnu, les personnages féminins (pleins de bonté) versent des larmes, tandis que Ming même s'il est toujours travaillé par la souffrance, commence à trouver sa place au sein de l'humanité.

TFM Distribution

Par rapport aux infiltrés

Pour Scorcese le problème du Bien et du Mal est moins métaphysique: ce ne sont pas les volitions de l'âme qui déterminent l'avenir de tel ou tel: chacun de fait que réagir presque de façon mécanique aux événements qui se présente (la rivalité Sullivan/Billy naît d'une rivalité sexuelle, de pulsions amoureuses concurrentielles) ( Sullivan tue Costello car lui a forcé la main, il ne fait que se défendre) mais le pendant de cette naturalité du bien et du mal, c'est que, contrairement à la fin amorale de Infernal affairs, la nature revient toujours frappait par la violence celui qui a vécu par la violence (c'est un axiome chez Scorcese) Pour Scorcese on n'échappe pas au destin, on ne quitte pas le monde dans lequel son âme a été formé, la concaténation destinale ne laisse pas d'échappatoire: la dernière image est donc celle de l'incarnation de la Némésis divine sous les traits de Mark Wharlberg ( irrascible et colèrique comme un dieu grec tout au long du film) qui vient remettre le monde en équilibre en tuant Sullivan.

N'hésitez pas à réagir, pour commenter, infirmer ou critiquer les idées émises ici: vous êtes les bienvenus.

 
11'09'01: September 11 :Alejandro González Inárritu

Lumière sur le meilleur court-mètrage de cette compilation: celui d'Alejandro González Inárritu

Meilleur court parmi ces 11 court-mètrages consacrés au 11 septembre, tout d'abord parce que c'est le seul qui s'attaque frontalement à l'événement lui-même:

Pour Inarritu, il ne s'agit pas comme pour les 10 autres de présenter les événements par le bien de personnages évoluant dans la périphérie de l'effondrement dest tours, ni de faire une présentation à distance de la signification de tout ça par la réflexion historique d'un narrateur:

Inarritu cherche à nous présenter l'attaque dans toute sa brutalité.

Pour cela il choisit un style fortement original: garder seulement les sons liés au 11 septembre, et ne laisser visuellement au spectateur que quelques aperçus de gens tombant des tours.

On croit alors comprendre qu'Inarritu cherche à placer le spectateur au plus près de l'événement, en le forçant à se focaliser non sur la vue, la faculté sensiitive la plus impersonnelle et la plus distante, mais sur l'ouie. On prête alors une attention redoublée aux rares images qui viennent déchirer la nuit, comme si nous étions sur place le 11 septembre, à tenter de comprendre ce qui se passe par le biais d'informations visuelles fragmentées, incomplètes.


Mais la conclusion interrogative d'Inarritu: "Does God's light guide us or blind us?" nous oblige, par de la polèmique religieuse, à réfléchir autrement au sens de l'aveuglement imposé par Inarritu tout au long de son court-mètrage: car la lumière est peut être aussi la lumière de l'image télévisuelle, la "mise en lumière" de l'événement par les télés du monde entier, la jour même de l'événement, la surabondance d'images et de rediffusions de l'événement. Cela nous a t'il permis de voir mieux l'événement pour autant ? cette avalanche d'images n'a t'elle pas masqué la réalité des événements plus qu'elle ne l'a diffusée?

Le court d'Inarritu, en rendant l'image du 11 plus rare, plus difficile à atteindre, la rend aussi plus précieuse, et est donc une tentative exceptionnellement "brillante" ( ) de débarrasser les événements le voile de distanciation qui étaient venus les recouvrir (à cause de la surabondance d'images qui ne fait plus rien voir, comme la surabondance de lumière éblouit et aveugle) et de redonner, par l'obscurité la force et et le sens premier de l'effondrement des tours jumelles

 
Fight Club, un Faust du 21ème siècle

A propos de ce chef d'oeuvre souvent présenté de façon simplifiée qu'est Fight Club, je vous propose un début de rapprochement entre les 2 oeuvres:

La détresse du docteur Faust

Comme le docteur Faust, le personnage de Norton est désespéré et n'a plus le goût à la vie, malgré le statut social qu'il a atteint.

Dans le mythe de Faust,  c'est la lecture et la connaissance qui a "désenchanté le monde dans lequel il vit. Pour Jack, le problème vient plutôt de la lecture des catalogues; il a l'impression d'avoir fait le tour de la société de (sur)consommation, et n'a plus rien à attendre du monde, comme Faust. L'un comme l'autre sont convaincus que la vie n'a plus rien à leur apporter.

L'invocation de Mephistophelès

Jack, suite à l'accident, appelle Tyler et lui demande de venir boir un coup. Comme Mephistophèlés, Tyler prend en compte le désespoir de Jack et ironise afin de l'amener vers la signature pacte.

Le pacte


Jack signe un pacte avec Tyler avec son sang: non avec le sang utilisé comme encre, mais avec le sang de la violence, le sang versé; c'est ce sang-là qui lie définitivement les protagonistes.

Les prouesses de Mephistophélès

Tyler impressionne vite par sa capacité à se battre et par son tempérament de chef, comme Méphistophèlès impressionnait par ses tours de magie. (Tyler est à la limite de téléportation et de l'ubiquité à certains moments) Les deux affichent une décontraction cynique, et font souvent preuve d'agressivité.

   Le Fight Club.

L'attitude de Mephisto, bras croisés, rappelle celle de Tyler. Faust est debout à gauche.

La rencontre avec Marguerite
L'originalité de Fight Club est que Jack, contrairement à Faust, avait déja rencontré sa Marguerite avant de signer son pacte: mais les conséquences sont les mêmes.
Faust rencontre Marguerite, mais ne parvient pas à la séduire seul: il demande donc l'aide de Méphistophèlès. (c'est Tyler qui intervient pour sauver Marla de son suicide)
Méphistophèlès ne parvient toutefois pas à corrompre l'âme de Marguerite, qui bien que très pauvre reste digne.
(Marla reste extérieur au projet Chaos tout au long de l'histoire)

Le sabbat
Faust, après avoir commis un meurtre (comme Jack a causé la mort de Bob) est emmené par Méphistophèlès à la montagne du Brocken pour assister au sabbat (fête des sorcières). De la même façon, Tyler entraine Jack au sommet du building pour assister à sa fête démoniaque, l'explosion des différents immeubles de sociétés bancaires.

La rédemption hypothètique de Faust

Faust arrivé au sommet a une vision de Marguerite (l'appel de Marla à Jack est présent dans le livre mais absent du film) et décide d'aller la sauver; Marguerite refuse la tentation de Méphistophèlès et reconnaît sa nature diabolique. Marguerite apprenant le pacte signé par Faust (Marla apprenant la schizophrènie de Jack) prie et demande une assistance divine pour Faust.

Si Faust se termine de manière ambigu, ne sachant pas si Faust sera sauvé ou pas, Fight Club est plus positif: Jack par un Deus ex Machina parvient à se libérer de Tyler (en affrontant sa propre mort) et se retrouve seul avec sa Marguerite (le livre laissant toutefois planer l'ombre de Tyler comme toujours présente dans la scène de l'hopital, tandis que le film laisse apparaitre une image de film X qui rappelle les habitudes de Tyler)

 
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